Zoom sur: Sofian, arbitre de l’AS Hersoise.

Zoom sur: Sofian, arbitre de l’AS Hersoise.

Bonjour à tous. En ce début 2019, nous avons décidé de nous intéresser au thème de l’arbitrage. Trop souvent critiqué, l’arbitre est un acteur essentiel du jeu et le respecter est l’une des règles primordiales. Dans ce cadre, nous avons interviewé Sofian, un des arbitres de l’AS Hersoise. Nous lui avons posé des questions sur son parcours en tant qu’arbitre, les qualités nécessaires à cette fonction, ces conseils et son expérience. C’est parti !

Explique nous ton parcours, comment en es-tu arrivé à devenir arbitre?

J’ai commencé à faire de l’arbitrage à 11 ans, il faut savoir qu’aujourd’hui on ne peut plus commencer si jeune. Mon oncle était arbitre, mon grand-père était arbitre et ma mère était aussi la première arbitre féminine. J’arbitrais les jeunes sur les petits terrains, j’ai baigné dans l’arbitrage grâce à ma mère, ça m’a apporté une confiance en moi.

On gère un match donc on a affaire à des jeunes mais aussi à des adultes, donc il faut avoir une certaine autorité et assurance. J’ai 25ans maintenant, j’ai commencé j’en avais 11 ans, donc c’est vraiment quelque chose qui me plait. Il faut aussi dire que c’est rémunéré donc ça me permettait à l’époque d’avoir un petit peu d’argent de poche et maintenant d’arrondir les fins de mois, aujourd’hui je peux gagner 69 euros par match.

Il n’y a pas un arbitre que tu as particulièrement aimé et qui t’a donné envie de te lancer dans l’arbitrage?

Non, parce que je ne savais pas réellement dans quoi je m’embarquais à l’époque, les arbitres ne sont pas autant médiatisés que les joueurs. On ne devient pas arbitre en se  disant “je veux devenir comme lui” du moins ce n’était pas mon cas. L’objectif est justement qu’on ne parle pas de nous, moins on parle de nous plus ça veut dire qu’on a réussi.

Qu’est ce qui fait un bon arbitre?

Pour moi un bon arbitre est une personne autoritaire, impartiale, juste mais aussi sportive.

Justement, comment positionnes-tu ton curseur au niveau de l’autorité?

Déjà je vois dès le début du match si je dois pousser mon curseur au maximum ou non en fonction des joueurs, si je vois que d’entrée ça part, qu’il y a des fautes d’anti-jeux je vais être plus sévère et j’hésiterai moins à faire tomber des sanctions. Au contraire, si le match est bon enfant, que les joueurs sont respectueux entre eux mais aussi avec les autres personnes qui les entourent alors je positionne mon curseur tout en bas. Il faut prendre en compte le match, si tu mets cartons sur cartons à un match qui au départ se passe bien, tu vas créer des tensions alors que si d’entrée les tensions sont présentes il faut être sévère pour au contraire les apaiser.

Que dirais-tu à un jeune qui veut devenir arbitre, pour le motiver?

Je lui dirai qu’être arbitre ne veut pas dire renoncer à jouer au foot, l’un n’empêche pas l’autre, l’arbitrage va lui forger un caractère. Pour moi, je déconseille à un jeune arbitre d’arbitrer s’il n’y a pas ses parents derrière. Il faut être entouré mais aussi  mobile car on ne peut pas arbitrer l’équipe qu’on représente. C’est important d’être entouré et soutenu, les équipes en face sont 11, il y a les coachs, les supporters mais nous on est tout seul.

Quelle formation faut-il  passer?

Nous avons des formations théoriques et pratiques à faire  lorsque l’on commence. Par la suite, nous en avons aussi presque tous les mois.

Je suis parti après pendant 5 ans dans le Lot et quand je suis revenu et que j’ai voulu reprendre l’arbitrage j’ai du tout repasser.

Après tous les ans il y a un stage avec un examen, puis aussi les contrôles une à deux fois par ans tout ça fait une note et cette note permet de voir si l’on monte en niveau ou si l’on se maintient.

Vous avez aussi des tests physiques?

Oui et selon le niveau auquel on arbitre on a des tests plus ou moins compliqués à passer.

 Que penses-tu du fait qu’on entend pas la parole des arbitres à la fin du match par exemple?

Je trouve ça dommage, mais quel impact aurait la médiatisation sur les arbitres? Je pense que c”est mieux que l’arbitrage reste en dehors de ça, on est pas là en tant que joueur mais pour faire appliquer les règles.

C’est sur que si on écoute ce que disent les consultants cela décrédibilise l’arbitrage, les gens peuvent se dire que l’arbitre a été mauvais alors qu’il a tout simplement appliqué une règle. C’est vrai que sur ça il serait bien que les arbitres puissent expliquer une décision mais ça ne devrait pas être obligatoire. Les coachs font des erreurs, les joueurs aussi et c’est pareil pour les arbitres.

Les gens écoutent les consultants sauf qu’au niveau des règles, ceux ne sont pas des spécialistes.Il y a plein de règles que les gens entendent à la télé mais qui s’avèrent être fausse. Il devrait y avoir des consultants qui ont été arbitres professionnels.

As-tu des anecdotes qu’elles soient négatives ou positives?

J’ai déjà été témoins de comportements inacceptables : insultes, intimidations… venant de parents ou même de dirigeants.

Mais j’ai aussi des histoires  plus positives, mon oncle a fait une vidéo de moi quand j’étais jeune et que j’arbitrais, je l’ai retrouvé et je l’ai donné au club que j’avais arbitré à l’époque et le club s’est vu 10 ans auparavant en train de jouer.Il m’arrive de recroiser des  gens que j’ai arbitré dans un milieu professionnel ou alors dans la rue. La dernière fois  je me promenais avec mon fils dans un parc et j’ai entendu “ah monsieur l’arbitre”. Ceux sont des  petits moments comme ça qui sont sympas!

As-tu déjà eu peur lors d’un match ?

J’ai mon gabarit qui joue en ma faveur on embête plus les arbitres plus petits, mais je me suis déjà fait insulté. L’essentiel c’est de ne pas céder à la pression, il faut faire abstraction de tout ce qu’on entend sur le terrain, avec l’environnement extérieur les entraîneurs, les supporters et les joueurs qui par rapport à l’environnement extérieur montent en pression, si on devait écouter tout ce qui ce dit on deviendrait fous.

Mais on est entourés et pris en charge par l’UNAF (L’union national des arbitres français) ils nous protègent  juridiquement en cas de malheurs, au cas ou il y aurait des débordements il faut que l’arbitre soit entouré. Le premier match que j’ai fais j’ai reçu des menaces de mort et la personne a dit “je ne l’ai pas vu en tant que jeune mais en tant qu’arbitre”. Néanmoins, ce que j’aime bien à la fin de chaque match c’est quand même l’esprit convivial qu’il peut y avoir dans 90% des cas, quand on sort du rôle d’arbitre tout est plus léger.

Comment réagis-tu à une insulte?

Il prend un carton rouge tout simplement, puis je fais un rapport avec mot pour mot les insultes qui m’ont étaient faites puis après il y a la commission de discipline de l’arbitrage et  les sanctions tombent. Cela peut aussi passer aux mains de la gendarmerie.

Ce qu’il n’y a pas dans le football professionnel c’est le carton blanc, le joueur sort 10 min et je trouve que ça serait bien au niveau professionnel. Avant un match, je dis souvent aux capitaines que je ne veux pas voir des attroupements de joueurs autours de moi, je veux bien expliquer une décision pendant ou après le match mais que le capitaine me le demande et pas que ça se fasse dans la précipitation.

As-tu des perspectives d’avenir?

Moi non mais pour les jeunes qui souhaitent se lancer, on peut monter très rapidement, plus on est jeune plus on a des chances. J’ai préféré privilégier le côté famille et le boulot après à haut niveau il n’y a pas beaucoup de place mais je pense qu’à la base il faut plus y aller par passion, il ne faut pas partir en se disant “je vais être arbitre de ligue 1”  mais si on veut on peut. C’est comme pour les joueurs il ne faut commencer pas en se disant “je vais être comme Mbappé”.

On arbitre, on a des responsabilité on a pas trop le droit à l’erreur, c’est du loisir mais avec des responsabilités pour ceux qui aiment les objectifs; les défis quand à la fin du match tout le monde vient te serrer la main tu es heureux de voir que le match s’est bien passé.

Mais il ne faut pas être laxiste c’est pas ça qui va faire que le match se passera bien il faut être juste et pas essayé de faire copain copain. Il y a une hiérarchie, on est pas là pour faire le cow boy non plus, tout le monde a sa place dans l’organigramme on décide du déroulé du match mais on doit faire en sorte que tout le monde reste bien à sa place on est là pour faire passer un agréable match au joueur et le fluidifier le plus possible, on est payés pour une prestation que les 22 joueurs passent le meilleur match possible.

Notre mission est d’assurer le plaisir et la sécurité des joueurs, nous travaillons pour eux.

Enfin,  ça serait bien que pour des joueurs qui ne respectent pas les règles ou qui font des débordements on leur fasse faire une journée en arbitrage qu’ils se rendent compte.

Merci à Sofian pour le temps qu’il nous a accordé. Nous continuerons à traiter ce sujet, la semaine prochaine vous trouverez un autre article sur ce thème.

En espérant que ça vous a plus,

L’AS Hersoise.

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